« Parfois les pauvres rapportent plus que les riches »

J’ai eu la chance d’interviewer le journaliste, enquêteur et écrivain, François Pilet. Après avoir travaillé pendant près de dix ans comme journaliste financier au Temps, il a lancé sa propre newsletter Gotham City avec son associée Marie Maurisse. Aujourd’hui, j’ai eu la chance qu’il puisse répondre à mes questions au sujet de son livre co-écrit avec Frédéric Lelièvre en 2013 sur les menaces du trading à haute fréquence. Nous avons aussi parlé de l’état actuel de la Bourse et enfin de sa nouvelle enquête sur le « business de la mort ».

Foxnews : pourquoi avez-vous écrit un livre ? et pourquoi ce sujet ?

François Pilet : « Quand on est journaliste surtout en quotidien, on traite les sujets un peu au jour le jour et on n’a pas forcément le temps de trop creuser le sujet. On a voulu (avec Frédéric Lelièvre) approfondir sur une plus longue période et avec beaucoup plus de documentation, ce thème qui nous passionnait. On pensait qu’il y avait quelque chose de nouveau, peu connu du grand public avec une apparence très technique et souterraine. Nous avons écrit ce livre par passion et par envie d’expliquer ce sujet à un public plus large. »

Foxnews : en quelques mots pouvez-vous décrire le trading à haute fréquence ?

François Pilet : « Ça consiste à utiliser les techniques informatiques pour passer des ordres d’achats et de ventes de manière automatisée à très grande vitesse. »

Foxnews : le trading à haute fréquence, est-ce une profession d’avenir ?

François Pilet : « Sur les marchés boursiers se mêlent plusieurs types d’investisseurs : les longs termes avec les privés et les fonds d’investissement qui ont des optiques d’investissements sur une très longue durée avec une approche extrêmement technique et informatisée qui consiste à faire des opérations de trading à la milliseconde. Ces horizons se mêlent et se complètent. Ce phénomène est apparu il y a 10-15 ans et qui est là pour rester. »

  Foxnews : depuis la publication de votre livre, il y’a eu de nouvelles améliorations technologiques dans la Bourse ?

François Pilet : « Non pas vraiment, la vraie nouveauté c’est plutôt le nombre de transactions et le nombre de bourses. Le trading à haute fréquence a fait son apparition sur les bourses américaines (Wall street, …) mais maintenant il est utilisé de plus en plus sur toutes les bourses du monde. Donc le vrai changement est que l’usage du trading à haute fréquence c’est étendu. »

Foxnews : Avez-vous interviewez toutes les personnes citées dans le livre ?

François Pilet : « Oui. »

Foxnews : qu’est-ce que l’éconophysique ?

François Pilet : « Les gens qui sont dans ce domaine (trading à haute fréquence) viennent souvent d‘autres univers que la finance. Historiquement, les traders étaient des personnes ayant étudiés l’économie, maintenant ils sont un peu remplacés par des personnes qui détiennent plutôt un bagage technique, particulièrement des physiciens. La physique a des outils qui permet de traiter des très grandes quantités de données et de détecter les phénomènes. Donc en fait, ce terme d’éconophysique veut dire que la physique c’est introduit dans l’économie. »

Foxnews : pour vous quelles sont les conséquences principales de l’arrivée des algorithmes dans la Bourse ? et quels sont les points positifs et négatifs ?

François Pilet : « Les algorithmes ont leur propre clé de lecture qui sont très différents de l’approche traditionnelle des investisseurs, donc ces deux approches se complètent bien. L’avantage est que lorsque les acteurs humains de la bourse s’emballent ou paniquent les algorithmes qui ont une autre lecture permettent d’apaiser cet emballement. Ces différentes approches sont complémentaires. Cependant, lorsqu’il y a de vraies paniques cela peut les renforcer, c’est-à-dire que les algorithmes prennent peur, ils ne comprennent plus le marché et donc cessent de fonctionner ce qui créent des « flash crash » (trou d’air) dans la bourse. »

Foxnews : si vous deviez écrire un livre maintenant quel serait le sujet ? et pourquoi ?

François Pilet : « Je suis passionné par l’influence de la finance sur le monde réel et comment les deux s’alimentent. Je pense j’écrirais un livre sur : « Comment est-ce que la finance profite de la, pauvreté ». On imagine que la finance existe par-dessus les activités économiques florissantes, mais pour qu’on puisse vraiment faire de la finance il faut déjà avoir de l’argent qui soit créé par une économie en bonne santé. Mais en réalité maintenant on voit que la pauvreté peut être une source de profit très importante pour des acteurs financiers à travers des cartes de crédit, la dette, des prêts. Il y a toute sorte de secteurs financiers qui se spécialisent dans le business « des pauvres ». Parfois les pauvres rapportent plus que les riches car ils sont prisonniers, ils ont peu d’offres, peu de choix et donc c’est une clientèle captive qui peut être très profitable. »

Foxnews : investissez-vous personnellement en bourse ? si oui dans quoi et combien ?

François Pilet : « Non je n’investis pas en bourse techniquement parce que je pense que les marchés boursiers sont tous sur gonflés avec les programmes de liquidité des banques centrales de ces dix dernières années et que l’on va vers un crache monumentale qui va avoir des conséquences dramatiques. Par contre, j’ai investi dans le Bitcoin, je pense que c’est vraiment un investissement qui ne suit pas les mêmes règles et qui est protégé des influences négatives de la bourse. Pour ce qui est du montant exacte de l’investissement ça reste personnel mais je peux dire que j’ai mis une part de mes économies dans le Bitcoin. »

Foxnews : dans quoi faut-il investir à l’heure d’aujourd’hui ?

François Pilet : « Je ne donne pas de conseils d’investissements, je ne suis pas banquier ni gérant de fortune. Je suis journaliste, je dis ce que voit et ce que j’observe après les gens. »

Foxnews : pensez-vous que la Bourse est au plus mal ou cela va empirer ?

François Pilet : « Je pense que l’on va vers un cataclysme boursier de très grande ampleur. »

Foxnews : avez-vous été impacté par la crise des subprimes de 2008 ?

François Pilet : « Oui, parce que quand je suis arrivé au journal Le Temps dans la rubrique économique. J’ai commencé là-bas le premier janvier 2008, la crise avait déjà commencé aux États-Unis mais elle ne se voyait pas encore vraiment en Europe puis en quelques mois tout le monde de la finance c’est écroulé. Pour moi en tant que journaliste ça a été passionnant à couvrir car tout ce qu’on croyait intouchable a été remis en doute. »

Foxnews : depuis cette crise, il y’ a eu de nouvelles réglementations ?

François Pilet : « Un peu, on a appelé à beaucoup de changements puis au final il n’y en a pas vraiment eu. Quelques réglementations sur les risques que peuvent prendre les banques. »

Foxnews : risque-t-on une nouvelle grosse crise comme en 2008 ?

François Pilet : « Pire que 2008. On a plus les outils, on a déjà utilisé toutes les munitions. Maintenant les taux d’intérêts sont quasiment à zéro, donc il faudra trouver d’autres techniques pour sauver l’économie et ça va être très douloureux. »

Foxnews : est-ce que la Suisse reste toujours un pays privilégié pour la finance ?

François Pilet : « Oui c’est sûr, parce que déjà la Suisse est un pays riche, donc l’argent appel la finance et puis la Suisse a une bonne partie de son économie grâce à des avantages critiquable comme le secret bancaire mais ce n’est pas son seul avantage, c’est un petit pays mais qui est très ouvert sur le monde. C’est donc un pays très ouvert sur le business et la finance. »

Foxnews : avez-vous déjà songé d’arrêter votre carrière de journaliste pour devenir trader ?

François Pilet : « Non. »

Foxnews : actuellement vous travaillez sur une enquête, pourquoi ce sujet ?

François Pilet : « « Le business sur la mort » ça pourrait être une thématique qui fait partie du grand sujet donc je vous parlais tout à l’heure celui de « Comment est-ce que la finance profite de la, pauvreté » cette enquête pour être comme un chapitre du livre. On parle ici du pari que prennent les entreprises sur la date de la mort des personnes, plus les gens meurent vite plus le profit est grand. C’est un produit financier qui est très peu connu et qui est assez critiquable. »

Foxnews : a quel niveau de l’enquête êtes-vous ?

François Pilet : « On a fini la documentation et maintenant on va commencer les interviews. On est au premier tiers de l’enquête. »

Foxnews : quelles sont vos sources de financement pour cette enquête ?

François Pilet : « C’est la télévision suisse qui achète le sujet via une boîte de production à Genève. »

Foxnexs : est-il facile de trouver des personnes pour répondre à vos questions ?

François Pilet : « Oui et non, il y a des personnes qui sont très disposées à parler parce qu’elles veulent faire un peu la publicité de leur business et il y en a d’autres qui se cachent un peu plus. Pour ce sujet les gens sont relativement abordables pour des affaires de corruptions c’est beaucoup plus dur de trouver du monde. »

Foxnews : à quelle date est prévue la sortie de l’enquête ? 

François Pilet : « A la fin de l’année. »

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