« En dehors de la France personne ne parle du G7 »

Le mercredi 20 août, j’ai interviewer le journaliste économique et écrivain, auteur de deux livres, Yves Genier. Dans un premier temps, nous avons parlé de sa formation et de son parcours professionnel puis des nouvelles technologies, de ses livres et enfin de l’actualité économique.

Foxnews : pourquoi avez-vous décidé de devenir journaliste économique ?

Yves Genier : « Cela vient en deux temps, d’abord j’ai pris la décision de devenir journaliste lors de mes études universitaires vers l’âge de 21 ans, j’étais assez attiré par le fait d’aller sur le front de l’actualité, j’aimais écrire. Lors de mes études j’ai fait quelques stages et j’ai tout de suite vu que cette profession m’attirée.

Puis après est venu l’économie, à la base je m’étais plus penché sur la politique ou l’actualité étrangère. Au début je n’avais aucune notion d’économie, j’ai fait des études de lettres mais au fur et à mesure des stages, j’ai tout appris.

J’ai fait mes études dans les années 80, donc l’activité économique était florissante avec le crac de 87, la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne. De plus les agences de presse recherchaient partout des journalistes économiques et nous étions très peu sur le marché du travail. »

Foxnews : Quel est votre formation ? Quel est votre parcours professionnel ?

Yves Genier : « J’ai commencé par étudier la matière qui me plaisait : l’Histoire, puis j’ai fait sciences po à Lausanne. J’ai fait des séjours en Allemagne et aux États-Unis pour approfondir mes études. J’ai commencé par travailler pour une rubrique locale puis après je suis rentré dans un journal financier, j’ai appris beaucoup de choses sur là-bas. Puis ensuite j’ai travaillé dans plusieurs médias suisses : au Temps, un quotidien très reconnu et lu en suisse romande, à l’Hebdo et actuellement à La Liberté. »

Foxnews : Quels sont les points positifs et négatifs de ce métier ?

Yves Genier : « Le point positif est que dans ce métier, on doit être constamment curieux, attentif et ça nous emmène à rencontrer des tas de gens avec qui on a des discussions fascinantes. Forcement il y a aussi tout un travail d’analyse et de synthèse qui est passionnant. Ce qui me plait dans mon métier est que notre créativité est très souvent sollicitée, on a besoin de nos ressources personnelles, de notre culture, de notre sensibilité humaine pour écrire un article.

Les points négatifs sont que c’est un métier stressant, crevant et une assez grande précarité de nos jours. »

Foxnews : Est- que les nouvelles technologies ont révolutionnées ce métier ?

Yves Genier : « La révolution, c’est d’abord internet avec la connexion entre plusieurs ordinateurs. Lors de mes premiers stages je tapais à la machine à écrire et le seul moyen d’avoir une information c’était de prendre son téléphone et d’appeler les gens directement concernés par l’affaire qui vous intéresse, on était beaucoup moins bien informé à l’époque qu’aujourd’hui.

Le point que les nouvelles technologies ont changé et qu’on oublie parfois, c’est le rapport interpersonnel, la proximité avec la personne qui est bien moins présent.

Avec internet et les réseaux sociaux, l’information est accessible à tout le monde ; je trouve que le journaliste a perdu le monopôle de l’information. »

Foxnews : Votre place est-elle menacée par ces nouvelles technologies ?

Yves Genier : « Je pense que c’est une bonne chose si l’intelligence artificielle arrive à écrire des articles de bases, ça nous fait gagner du temps pour se concentrer sur des articles plus complexes où on a besoin de recueillir des témoignages. Cependant, il y a un degré d’élaboration que l’IA aura de la peine à atteindre pour rédiger un article complexe. La machine ne pourra pas rendre un article intelligible et qui répond à forme de sensibilité humaine. Quand on écrit quelque chose, on n’écrit jamais deux fois la même chose, notre sensibilité et sentiment personnel change. »

Foxnews : Pourquoi avez-vous choisi ce sujet pour votre livre «  Le franc suisse » sortie en 2018 ?

Yves Genier : « C’est un sujet qui parle à tout le monde. Lorsque j’ai commencé à écrire le livre, il venait d’y avoir un accident assez important, l’abandon du cours plancher, c’est-à-dire que pendant quelques années la banque nationale suisse avait essayé de maintenir un taux minimal entre le franc suisse et l’euro, ce fait majeur m’a permis de lancer mon livre. Le projet m’a pris deux ans, le temps de trouver les bons contacts à la banque nationale, dans les grandes banques suisses et avec un gros boulot de synthèse. »

Foxnews : En quoi la Suisse est à part dans le système monétaire mondial ?

Yves Genier : « La Suisse n’est pas si à part, même si elle en a tout l’air, elle n’est pas membre de l’Union européenne, ne fait pas partie de la zone euro. Elle siège juste au conseil de l’Europe et est dans l’espace Schengen. Cependant, elle a quand même 180 accords bilatéraux avec les différents membres de l’Union européenne. Il y a la libre circulation des capitaux et des personnes. La Suisse dépend de l’euro car ses principaux partenaires économiques utilisent cette monnaie. La Suisse est un pays très ouvert au monde, bien plus que la France ou l’Allemagne. On dit qu’un franc suisse sur deux est gagné à l’international. »

Foxnews : Que pensez-vous des taux de refinancement à 0% de la BCE ?

Yves Genier : « Nous nous sommes a -0,75%, on parle de répression financière, ça veut dire qu’il est impossible de tirer profit d’un placement sans risque.

Ces taux nuls voire négatifs sont le résultat de la crise économique mondiale de 2008 avec l’explosion de plusieurs bulles financières (crédit, immobilier, dette). Les banques centrales sont donc intervenues et ont baissé leurs taux pour relancer l’économie avec des investissements. Il y avait énormément d’argent sur le marché. Ce modèle a plutôt bien marché aux États-Unis mais pas en Europe car c’est venu trop tard. »

Foxnews : Que pensez-vous de la nouvelle direction de la BCE ? surtout du rôle de présidente de Christine Lagarde ?

Yves Genier : « C’est une personne très compétente mais elle a un parcours assez surprenant, elle a une formation d’avocate, elle a travaillé pour un grand groupe d’avocats mondial (Baker Mckenzie), elle a été ministre des finances sous le mandat de Nicolas Sarkozy et enfin patronne du FMI (Fond Monétaire International). On a nommé quelqu’un qui a un profil politique mais qui sur le plan purement technique financière n’est pas la plus adéquate. On peut se dire que lorsqu’il faudra prendre des décisions, elles seront du coup plus politique que financières. »

Foxnews : Que pensez– vous du conflit éco entre la chine et les USA ? Est-ce un vrai danger si la chine continue de dévaluer sa monnaie ?

Yves Genier : « Je ne dirais pas que la Chine dévalue sa monnaie, elle la laisse descendre toute seule sans prendre de décisions pour stopper cette chute, c’est une action des forces du marché. Quand une économie s’affaiblit comme c’est le cas pour la Chine sa monnaie baisse. Ce conflit mondial a un impact négatif sur toutes les économies. L’avantage des États-Unis est que le dollar est la monnaie de référence mondiale, et quand l’économie va mal, on achète des dollars, c’est la monnaie refuge.

Pour le conflit commercial, je vais dire ce que tout le monde pense, c’est un grand danger pour tout le monde, on va tous en payer le prix et on commence à le faire maintenant, l’économie ralentit depuis six mois. Il y a des boîtes qui ont arrêté d’investir et qui licencient, je m’apprête à traiter ces sujets dans les mois à venir. »

Foxnews : Selon vous quelles sont les menaces qui planent sur la croissance économique mondiale ?

Yves Genier : « C’est le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis. Il y a aussi le Brexit dans une moindre mesure mais aussi un aspect auquel les gens pensent moins, c’est la raréfaction des ressources et du changement climatique sur le plan économique, je ne le vois pas comme une menace mais plutôt comme un nouveau business qui peut aider à relancer l’économie mondiale, tout le monde va devoir s’adapter, les entreprises comme les ménages.

Ce qui est demandé aux banques centrales aujourd’hui, c’est qu’elles rendent possible cette transition climatique, il faut débloquer des fonds monétaires colossaux et l’argument des banques centrales c’est de dire qu’elles ne peuvent pas faire cela car ça serait privilégier un secteur économique à un autre et ça elles n’ont pas le droit. »

Foxnews : Attendez-vous quelque chose du G7 ?

Yves Genier : « A partir du moment où il manque des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Polynésie, la Turquie et la Russie, on ne peut pas prendre des décisions qui vont changer l’économie mondiale. J’ai entendu cette phrase à la radio que je trouve assez juste : « le G7 c’est la vieille gouvernance ». Donc je n’attends rien de cette réunion. En dehors de la France personne ne parle du G7. »

Foxnews : Quel est le plus grand risque aujourd’hui dans le système financier ?

Yves Genier : « Il y a quelques années j’aurais dit les bulles de crédits, aujourd’hui de manière générale le crédit est très élevé mais n’est pas tellement un danger le pire est derrière nous. Il y a aussi tout cet argent en circulation qui peut poser problème.

Pour moi le vrai danger est technologique : d’abord il s’agit tous les risques liés au changement climatique, puis toutes les transactions dématérialisées comme la crypto monnaie, la blockchain. Les entreprises commencent à adopter ces systèmes et les banques centrales comprennent l’enjeu et les risques. Ces systèmes vont complètement échapper aux entreprises et aux gouvernements, on va vers une atomisation complète. »

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